Drome Magazine - Stefan Pollak

1991 rencontre Orlan
L’amorçage s’est fait d’une manière fulgurante, en 1991. Je ne connaissais pas Orlan. Un ami anthropologue me l’a présenté et l’aventure a démarré immédiatement. Elle devait procéder une semaine plus tard à une opération-performance intitulée “Opération Opéra” dans une clinique parisienne. Je me suis lancé, à “corps perdus” si je puis dire, au sein de ce premier événement, dans la fièvre d’une préparation d’un tournage original, dense de caméras film et vidéo, et d’instruments de chirurgie en attente d’exploration corporelle superficielle et invasive. La motivation, pour le cinéaste, c’était avant tout de comprendre et du même coup d’essayer de s’agripper, -par cette première performance filmée-, à la démarche de l’artiste. Il ne fallait pas hésiter, à ce moment, de saisir par l’image et le son le programme de mutation engagé par Orlan dans cette mise en scène en atelier-d’artiste /bloc-opératoire. J’avais bien en tête la beauté du visage de l’artiste qui d’un coup décide de faire “Art” esthétique d’une certaine disparition, pour réapparaître autre, avec un esprit mutant. Cela me plaît : filmer à vu le réel transfiguré, sans effets ni trucages...
Et aussi il fallait détruire le catalogue irraisonné entretenu par les médias d’alors qui conduisait à l’incompréhension de sa démarche. L’esprit métamorphique devait se substituer aux images chocs entretenues jusqu’alors par la presse et la télévision.

L’intention.
Je crois qu’il y a d’infinies manières de traiter un film, documentaire ou autre, il y a plusieurs écoles, et la demande des diffuseurs orientent et obligent ces cas d’école. On vous dit : faîtes quelque chose de personnel, faîtes du social, faîtes des reportages, faîtes des vidéos, faîtes ceci ou cela, et puis au final, c’est la télévision qui a le dernier mot. J’ai eu l’extrême bonheur de faire ce film dans une autonomie de pensée comme un cinéaste qui aime le film et son support pelliculaire, sans influences, avec un paquet d’intuitions qui sortaient de mon esprit juste à point au moment de la prie de vue, au montage. Du coup cela a permis de garder une distance sur l’artiste et sur les intervenants, c’est un regard distancié, le plus respectueux possible où les protagonistes expriment exactement ce qu’il ont envie de dire. Il n’y a pas de piège. Je pense que c’est comme cela que je dois faire. Le but c’était vraiment de prendre en compte les sensations originales de l’artiste, de sa pensée et d’attirer sans complaisance tous ces intervenants vers la caméra.

Mise en scène et montage.
J’ai eu la chance d’évoluer originellement comme un spectateur voyeur dans le monde des arts plastiques et de la photographie. De cette sphère de fonction dont je me suis extrait, je me suis dirigé vers cinéma de fiction et du documentaire où j’ai exercé plusieurs métiers.
Cela a certainement influencé mon parcours pour en arriver à produire ce film où l’implication est totale : réalisation, image et montage.
La mise en scène est la plus légère possible, je crois qu’ elle est justement la fusion de tous ces exercices. Je ne pense pas qu’il faille éloigner le montage et l’image (prise de vue) de la mise en scène. Dans ce cadre, étant monteur, j’ai eu l’opportunité de travailler sans limitation d’espace et de temps, en remaniant la matière autant que nécessaire afin d’aboutir à ces situations de tensions, d’équilibre et de tangage. Le montage est à la fois un calcul et une intuition, parfois on pense au public, parfois on est plus égoïste et y pense plus, le résultat est cette rencontre où le public a le désir de revoir le film ! Bon plan, Non?

Bande sonore et musique contemporaine
Là aussi, j’ai le sentiment que le calcul et l’intuition font bon ménage. La matière sonore, se fond dans le film et en même temps se sépare, synchronie et asynchronie tentant d’appuyer le tremblement se dégageant de l’image. Les sons ne sont pas tous torturés, ils sont là afin de faire prendre conscience de l’originalité de l’artiste en situation, les musiques sont parfois hostiles pour redevenir souples, tendres, énigmatiques.
Écouter de la musique, pour moi, est un travail. Sur ce projet, je suis tombé dans un sac de bonheur où le choix s’est fait logiquement par communion, sorte d’équilibre dans un bain d’humeurs chaotiques. Il est vrai que mes choix musicaux vont vers la musique contemporaine, qui m’habite depuis longtemps. Mais je ne peux pas séparer la musique de l’image, des images ou des projets imaginaires. Un nouveau projet : d’autres choix.
Je trouve que la musique époustouflante des Tétines Noires devait trouver sa place dans le jeu. Quelque chose de cinglant émerge du fond de la gorge et du cou métallique d’un oiseau galactique. Des fragments de cette musique ont été distillés au début et à la fin du film, comme en suivant une courbe d’elliptique se brisant.

La voix d’Orlan, faisant écho aux " Self hybridations "
Chaque œuvre d’Orlan est comme une genèse, qui en entraîne une autre, etc... Cet écho de la voix de l’artiste, résonnant sur une exposition d’oeuvres intitulée “Self-Hybridations”, c’est comme des molécules mi-biologiques mi-synthétiques qui s’ajustent et se mélangent pour faire matière unique. La voix se décale et se recale d’elle même, un peu comme une mise au point d’une focale qui passe du net au flou et réciproquement. A la fin du parcours, on sort d’un rêve conscient et tout se fixe. Cela est particulièrement approprié pour ces travaux d’hybridation et de transformation des autoportraits de l’artiste et de ses choix de morphing.

Opinion personnelle sur Orlan et son art. Fascination ?
Plutôt intrigué que fasciné.
J’ai vraiment un grand intérêt, depuis le début de notre collaboration, pour toutes les questions qu’elle soulève, avec ses doses de provocations, et les polémiques que cela entraîne. Ce qui est important dans sa démarche, à mon avis, c’est cette manière d’affirmer radicalement son identité féminine, ainsi qu’on pourrait imaginer une transexualité féminine : une femme devenant une autre femme décidant elle-même d’être une autre femme. C’est cet acte presque militant dans le contexte de notre société qui n’en sort pas de ses tabous, qui me plaît. Ce qui m’intéresse également, c’est aussi ce montage analogique de ses œuvres récentes entre ses autoportraits issus des performances, informatisés et l’icônographie précolombienne.
On sait que depuis la nuit des temps, et jusqu’à aujourd’hui l’homme cherche à remodeler, à refaçonner son corps, partiellement ou en entier, pour le transformer selon des critères appartenant à chaque civilisation ou selon des rites religieux.
L’art d’Orlan, en conjonction avec tous ces événements, m’a bien évidemment intrigué, puis je me suis rapidement impliqué en faisant ce film. J’ai moi-même évolué,en apprenant que l’on pouvait troubler, par un art précurseur, non seulement la société, mais le milieu de l’art lui-même.
Cette démarche terrible et magnifique non destinée à embellir ni à amocher, mais dont le désir pur est de changer d’image en critiquant les standards de la beauté! Comment voulez-vous que cela n’intéresse pas le cinéaste ? Pouvoir filmer l’utopie, sans trucage aucun, sans que l’impulsion donné au déclencheur de la caméra, ne devienne l’instigatrice voyeuriste avec ses complexes d’apprenti psychanalyste.

L’outil médical à des fins artistiques
Orlan maîtrise le bistouri, par la main du chirurgien, mais elle demeure dans les normes habituelles de la chirurgie esthétique. Le plus important est qu’elle a particulièrement réussi de mener à bien ses performances tout en utilisant la provocation et en restant dans les règles déontologiques. Je trouve génial que l’oeuvre soit une sorte de pièce unique, le corps d’Orlan en mutation. Le phénomène repris par un mouvement artistique global serait inquiétant.
Il y a une apparente mise en abîme dans ce type de situation, on craint le pire, on craint la chute, la mort. Je ne suis pas “pour” les opérations de chirurgie esthétique, et je le dis à Orlan depuis longtemps.

Film objectif ou subjectif
Je crois que le film est lui-même un condensé d’objectivité vu par tous dans un bain remous où s’immerge la subjectivité de chacun. Finalement chaque être peut ressentir différemment, selon l’humeur du moment, selon le climat, le stress etc... Mais je crois que c’est valable pour tous les films.

Regard d’Orlan sur le film
Orlan, dès notre rencontre, m’a laissé une liberté totale de choix et de décision sur la forme et le contenu du film. Je lui ai montré le montage définitif qu’elle a accepté. L’autocensure, non! juste une limitation dans le choix et dans la durée des plans sanglants.

Orlan et la considération de notre société
Tous les artistes font évoluer la société. Une société interdisant les artistes est une société handicapée et les remèdes, afin de panser les plaies de cette absence sont d’un prix exorbitant. Pourquoi les actes des artistes de la performance font évoluer la société ? Parce que celle-ci, après passé le premier choc, simplement, s’interroge sur elle-même.
Souvent cela prend du temps, la souffrance actuelle pour les artistes, c’est d’obtenir la reconnaissance, en plus du public, du pouvoir politique et des médias. Le discours d’Orlan est très clair et les gens qui la connaissent peu - maintenant presque tout le monde entier la reconnaît-, sont choqués au début. Les années passent et les gens évoluent eux-mêmes et finissent pas reconsidérer les actes des artistes qui font autre chose que de l’art bourgeois académique comme la peinture ou la sculpture, exposé dans les grands musées.
Orlan veut montrer, en grignotant le tabou “on ne touche pas au corps”, que finalement on vit dans un monde qui se doit d’être libre où la tolérance doit primer et que chacun peut être libre de ses actes, particulièrement en ce qui concerne son propre corps.

“Orlan,Carnal Art” pour tout public excepté les moins de 12 ans
Le film peut choquer certaines sensibilités, peut-on parler d’âmes sensibles- est-ce qu’il en reste dans ce monde hyper médiatisé? - où l’on avale un flux continu d’expressions télévisuelles agressives, de par leur contenu de guerres sans fin, d’opérations chirurgicales comme un non-film pervers permanent, aux heures de grandes audiences: la guerre et ses monceaux d’attitudes hypocrites, les attentats sanglants à l’heure où les moins de 5 ans avalent la bouillie! Le film ORLAN, Carnal Art peut dénoncer cela.
Le film serait extrêmement dérangeant si j’avais dévoilé d’une manière redondante toutes les facettes des performances dans leur violence - viol de la chair par l’instrument- , si je m’étais attribué plus d’espace et de temps pour ce faire. Ce n’est pas le cas, les séquences courtes consacrées aux opérations chirurgicales sont distillées à doses homéopathiques dans le film, qui n’est justement pas entièrement axé sur les opérations chirurgicales-performances, ce n’est pas par autocensure, mais par choix plastique.
Il faut toutefois savoir et transmettre que l’artiste ne limite pas ses travaux à ce type de performances. Elle a réalisé jusqu’à aujourd’hui en tout et pour tout 9 opérations et la dernière a eu lieu en 1994. Elle travaille depuis énormément sur l’image électronique, en impliquant les sources iconographiques issues de ces performances et en les recyclant par symbioses hybrides avec des visages venus de civilisations anciennes et primitives.
Bien évidemment le film peut choquer, il peut être bienvenu de prévenir le public à l’entrée des salles, et il faut considérer que la commission de classification du CNC a limité le film aux moins de 12 ans. Nous prévenons également le public que certaines scènes peuvent heurter la sensibilité de spectateurs adultes. Toutefois, le film a été diffusé dans un grand réseau commercial et dans le réseau des salles d’Art et d’Essai dans une durée limitée, et a été très bien acceuilli par tout public. Il y a eu très peu d’évanouissements.Stephan ORIACH


Traduzione di Rosanna Gangemi, DROME magazine

1991 - Incontro con Orlan
L’avvio è avvenuto in maniera folgorante, nel 1991. Non conoscevo Orlan. Un amico antropologo me l’ha presentata e l’avventura ha avuto inizio immediatamente. Una settimana più tardi lei doveva sottoporsi ad una operazione-performance intitolata “Opération Opéra”, in una clinica parigina. Mi ci sono lanciato, a capofitto, se posso dirlo, in seno a questo primo evento, nella febbre di una preparazione di riprese originali, dense di cineprese e videocamere, e di strumenti di chirurgia in attesa d’una esplorazione corporea superficiale e invasiva. La motivazione, per il cineasta, era prima di tutto capire e, allo stesso tempo, provare ad aggrapparsi - attraverso questa prima performance filmata -, al percorso dell’artista. Non bisognava esitare in quel momento a saggiare attraverso l’immagine e il suono il programma di mutazione intrapreso da Orlan in questa messa in scena in atelier-d’artista/camera-operatoria. Mi ricordo bene la bellezza del viso dell’artista che d’un sol colpo decide di fare “Art” estetica di una certa sparizione, per riapparire con uno spirito mutante. Quello che mi piace: filmare a vista il reale trasfigurato, senza effetti né trucchi...
E bisognava distruggere l’irragionevole catalogazione ad opera dei media d’allora che conduceva all’incomprensione del suo percorso. Lo spirito metamorfico doveva sostituirsi alle immagini choc considerate fino a quel momento dalla stampa e dalla televisione.

L’intenzione
Credo che ci siano infiniti modi di trattare un film, documentario o altro, ci sono differenti scuole, e la domanda dei distributori orienta e obbliga questi casi di scuole. Vi si dice: fate qualcosa di personale, fate del sociale, fate dei reportage, fate dei video, fate questo e quest’altro e poi, alla fine, è la televisione ad avere l’ultima parola. Ho avuto l’estrema fortuna di fare questo film con l’autonomia di pensiero di un cineasta che ama il film e il suo supporto in pellicola, senza influenze, con un pacchetto d’intuizioni che mi venivano fuori dall’anima proprio nel momento delle riprese, al montaggio. Di colpo, ciò ha permesso di mantenere una distanza dall’artista e dagli intervenienti, si è trattato di uno sguardo distanziato, il più rispettoso possibile dove i protagonisti esprimono esattamente ciò che hanno voglia di dire. Non c’è trappola. Penso che sia così che si debba fare. L’obiettivo era veramente di tenere in conto delle sensazioni originali dell’artista, del suo pensiero, e d’attirare senza compiacimento tutti gli intervenienti verso la telecamera.

Messa in scena e montaggio
Ho avuto la fortuna di evolvere originariamente come uno spettatore voyeur nel mondo delle arti plastiche e della fotografia. Di questa sfera di funzioni da cui son venuto fuori, mi sono diretto verso il cinema di fiction e documentario dove ho esercitato vari mestieri.
Ciò ha certamente influenzato il mio percorso per giungere a produrre questo film dove il coinvolgimento è totale: realizzazione, immagine e montaggio.
La messa in scena è la più leggera possibile, credo che sia giustamente la fusione di tutti quegli esercizi. Non penso che bisogna allontanare il montaggio e l’immagine (ripresa) dalla messa in scena. In questo quadro, come montatore, ho avuto l’opportunità di lavorare senza limiti di spazio e di tempo, rimaneggiando la materia per quanto fosse necessario al fine di sfociare in queste situazioni di tensione, di equilibrio e di oscillazione. Il montaggio è allo stesso tempo un calcolo e un’intuizione, talvolta si pensa al pubblico, talaltra si è più egoisti e non ci si pensa più; il risultato è quest’incontro dove il desiderio del pubblico è di rivedere il film! Un buon piano, no?

Colonna sonora e musica contemporanea
Anche per questo, ho la sensazione che il calcolo e l’intuizione diano vita a un buon ménage. La materia sonora si fonde nel film e allo stesso tempo se ne separa, sincronia e asincronia, cercando di sostenere il tremito che esce dall’immagine. I suoni non sono tutti torturati, sono lì al fine di far prendere coscienza dell’originalità dell’artista nella situazione, le musiche sono talvolta ostili per ritornare morbide, tenere, enigmatiche.
Ascoltare la musica, per me, è un lavoro. Su questo progetto, sono finito in un sacco di fortuna dove la scelta si è fatta logicamente per comunione, sorta d’equilibrio in un bagno d’umori caotici. E’ vero che le mie scelte musicali vanno in direzione della musica contemporanea, che da tempo alberga in me. Ma non posso separare la musica dall’immagine, da immagini o progetti immaginari. Un nuovo progetto: altre scelte.
Trovo che la musica da togliere il respiro dei Tétines Noires doveva trovare il suo posto nel gioco. Qualcosa che colpisce emerge dal fondo dalla gola e dal collo metallico di un uccello galattico. Dei frammenti di questa musica sono stati distillati all’inizio e alla fine del film, come seguendo una curva ellittica che si spezza.

La voce di Orlan, facendo eco ai “Self hybridations”
Ogni opera di Orlan è come una genesi che ne comprende un’altra, etc... Questa eco della voce dell’artista, che risuona su un’esposizione di opere intitolata “Self-Hybridations”, è come delle molecole per metà biologiche e metà-sintetiche che si assestano e si mescolano per fare materia unica. La voce si sposta e rientra da se stessa, un po’ come una messa a punto d’una focale che passa dal netto allo sfumato e reciprocamente. Alla fine del percorso, si esce da un sogno cosciente e tutto si fissa. Ciò è particolarmente appropriato per quei lavori d’ibridazione e di trasformazione degli autoritratti dell’artista e delle sue scelte di morphing.

Opinione personale su Orlan e la sua arte. Fascinazione?
Piuttosto intrigato che affascinato.
Io ho veramente un grande interesse, dall’inizio della nostra collaborazione, per tutte le questioni che solleva, con le loro dosi di provocazioni, e le polemiche che tutto ciò comporta. Quello che è importante nel suo percorso, a mio avviso, è questa maniera d’affermare radicalmente la sua identità femminile, tanto che si potrebbe imaginare una transessualità femminile: una donna che diviene un’altra donna decidendo ella stessa d’essere un’altra donna. E’ quest’atto quasi militante nel contesto della nostra società che non viene fuori dai suoi tabù che mi piace. Allo stesso modo, ciò che mi interessa è anche questo montaggio analogico delle sue opere recenti fra i suoi autoritratti ripresi dalla performance, informatizzati, e l’iconografia precolombiana.
Si sa che, dalla notte dei tempi e fino a oggi, l’uomo cerca di rimodellare, di rifare il proprio corpo, parzialmente o interamente, per trasformarlo secondo dei criteri appartenenti a ogni civilizzazione o secondo dei riti religiosi.
L’arte di Orlan, in congiunzione con questi eventi, evidentemente mi ha ben intrigato, poi mi sono rapidamente implicato facendo questo film. Io stesso mi sono evoluto, apprendendo che potevamo turbare, attraverso un’arte precorritrice, non solamente la società, ma gli stessi ambiti dell’arte.
Questo percorso terribile e magnifico non destinato ad abbellire né a imbruttire, ma il cui desiderio puro è di cambiare l’immagine criticando gli standard della bellezza! Come volete che questo non interessi il cineasta? Poter filmare l’utopia, senza trucco alcuno, senza che l’impulso dato al disinseritore della telecamera divenga l’istigatore voyeurista coi suoi complessi d’apprendista psicanalista.

Lo strumento medico ai fini artistici
Orlan padroneggia il bisturi, attraverso la mano del chirurgo, ma lei rimane nelle norme abituali della chirurgia estetica. La cosa più importante è che sia riuscita particolarmente bene a gestire le sue performance utilizzando la provocazione e non superando le regole deontologiche. Trovo geniale che l’opera sia una sorta di spettacolo unico, il corpo d’Orlan in mutazione. Il fenomeno ripreso da un movimento artistico globale sarebbe inquietante.
E’ un’apparente mise en abîme in questo tipo di situazioni, si teme il peggio, si teme la caduta, la morte. Io non sono “per” le operazioni di chirurgia estetica, e io lo dico a Orlan da tempo.

Film obiettivo o soggettivo
Credo che lo stesso film sia un condensato di obiettività visto da tutti in una jacuzzi dove s’immerge la soggettività di ciascuno. Alla fine ogni essere può sentire la cosa in maniera diversa, secondo l’umore del momento, secondo il clima, lo stress, etc... Ma credo che sia valido per tutti i film.

Sguardo di Orlan sul film
Orlan, a partire del nostro incontro, mi ha lasciato una libertà totale di scelta e di decisione sulla forma e il contenuto del film. Io le ho mostrato il montaggio definitivo che lei ha accettato. L’autocensura, no! Giusto una limitazione nella scelta nella durata dei piani sanguinolenti.

Orlan e la considerazione della nostra società
Tutti gli artisti fanno evolvere la società. Une società che vieta gli artisti è una società handicappata, i rimedi, alfine di curare le piaghe di questa assenza, hanno un prezzo esorbitante. Perché gli atti degli artisti della performance fanno evolvere la società ? Perché questa qui, passato il primo choc, semplicemente, s’interroga se stessa.
Spesso questo richiede del tempo, la sofferenza attuale per gli artisti, è d’ottenere riconoscenza, come se ciò non bastasse dal pubblico, dal potere politico e dai media. Il discorso di Orlan è chiarissimo e la gente che lo conosce un po’ – ora quasi tutto il mondo intero lo riconosce -, è scioccata solo all’inizio. Gli anni passano, la stessa gente evolve e finisce per riconsiderare gli atti degli artisti che fanno altro che dell’arte borghese accademica come la pittura o la scultura, esposta nei grandi musei.
Orlan vuole mostrare, rosicchiando il tabù del “corpo non si tocca”, che alla fine si vive in un mondo in cui si deve essere liberi, dove la tolleranza deve primeggiare e chiunque possa essere libero dei propri atti, in particolare per ciò che concerne il proprio corpo.

“Orlan, Carnal Art” per tutti a partire dai 12 anni
Il film può scioccare alcune sensibilità, se si può parlare d’animi sensibili. Ne restano in questo mondo ipermediatizzato? Dove si inghiotte un flusso continuo d’espressioni televisive aggressive, per il loro contenuto di guerre senza fine, di operazioni chirurgiche come un non-film perverso permanente, nell’ora delle grandi audience: la guerra e i suoi mucchi d’attitudini ipocrite, gli attentati sanguinosi puntuali dove i minori di 5 anni mandano giù la pappa! Il film ORLAN, Carnal Art può denunciare tutto ciò.
Il film disturberebbe estremamente se avessi svelato in maniera ridondante tutti gli aspetti delle performance nella loro violenza - violazione della carne con lo strumento - , se mi fossi attribuito più spazio e tempo per farlo. Non è questo il caso, le sequenze corte consacrate alle operazioni chirurgiche sono distillate a dosi omeopatiche nel film, che giustamente non è interamente basato sulle operazioni chirurgice-performance : non è per autocensura, ma per scelta plastica.
Bisogna tuttavia sapere e trasmettere che l’artista non limita i suoi lavori a questo tipo di performance. Ha realizzato fino a oggi in tutto 9 operazioni e l’ultima ha avuto luogo nel 1994. Da allora lavora enormemente sull’immagine elettronica, implicando le fonti iconografiche emerse da queste performance e riciclando per simbiosi ibride con visi derivati da antiche e primitive civilizzazioni.
Evidentemente il film può scioccare, può essere ben accetto l’avvertire il pubblico all’entrata in sala e bisogna considerare che la commissione di classificazione del CNC ha limitato il film ai minori di 12 anni. Noi avvertiamo comunque il pubblico che certe scene possono urtare la sensibilità degli spettatori adulti. Tuttavia, il film è stato diffuso in una grande rete commerciale e nella rete delle sale d’Arte e d’Essai per una durata limitata, ed è stato accolto benissimo da tutto il pubblico. Ci sono stati pochissimi svenimenti.

Stephan ORIACH