Limage
journalistique, télévisuelle ou autre, a toujours
provoqué une interprétation erronée de la démarche
de lartiste Orlan. Ceci avait la cruelle tendance à
annihiler la qualité même de ses actions, à
créer le doute permanent sinstillant dans lesprit
de ceux, nombreux, à être concernés par cette
démarche. En 1991, dun commun accord, il a donc été
décidé que la réalisation du film savérait
nécessaire. Lesprit de la métamorphose devait
se substituer aux images chocs entretenues par les médias
de lépoque.
MA
"OPERATION OPERA" 1991
Lapparition
à lécran du matériau exploité
par Orlan : - son propre corps - , est sensée engloutir le
spectateur dans cette fascination /répulsion : limage
de la matière première, la chair dOrlan, sculptée
par loutil dun praticien sollicité par Orlan,
le corps héritant souvent dune nouvelle substance organique
et/ou plastique, qui peu à peu diffère.
Le chirurgien-complice nest plus le dieu médical qui
salimente à la source lucrative comme habituellement
avec ses patient-sujets, ce praticien nest pas non plus le
modeleur mythique devenant artiste lui aussi, mais,
appartenant au corps médical, il est inclut dans la chaîne
de fabrication.
MA "OPERATION OPERA" 1991
Linstrument,
tout de même, existe : cest le bistouri. Il signe la
chair, cest aussi la canule en aventure dans lespace
intérieur. Le but est dextraire la précieuse
graisse transvasée, incluse dans un autre espace intérieur
: un reliquaire. La matière Orlan est emballée dans
une capsule transparente où se lit lhistoire dun
corps. Dans cette boîte de verre blindée et cerclée
dacier, luvre dart conserve lorganique
en voyage de par le Monde, de galerie en galerie.
Lesthétique de la disparition dune première
image du visage, du corps, renouvelle lentreprise de lapparence
: un visage en appelle un autre. Cette dissimulation de lidentité
physiologique première est justement luvre lancée
dans le programme de mutation. Le temps cosmique où évolue
la mouvance de la forme est de toute façon cet univers :
une illusion où lart est là pour nous annoncer
la virtualité de lunivers où convergent toutes
formes vers lidentification absolue décidée
à lavance par lartiste.
La structure idéale ne sera pas limitée à lapplication
sans fin de la chirurgie, car ceci impliquerait à nouveau
le catastrophisme médiatique et ruinerait le parcours. Il
y a dautres actions, dautres performances à venir,
il y a les actions passées de la plus haute importance, heureusement
filmées, archivées et protégées. Larchéologie
protégeant et conservant vaille que vaille les images vidéographiques
primitives, je devrais parvenir à mettre en symbiose ces
archives installées en contrepoint de la surface pelliculaire.
"OPERATION OPERA" 1991
Divers
états de représentations mythologiques de notre histoire
naviguent à lintérieur du continuum espace-temps
et la poursuite de luvre rend limaginaire possible.
De déesses antiques surgissent les formes de Orlan la répliquante
, laccomplissement du rite de cette genèse sélabore
dans cet atelier maudit, bloc - opératoire chaotique, baroque,
sous le signe de cette confusion de type création du Monde
où toiles peintes, sous-objets de matière plastique
et robes signées sont confrontées aux corbeilles de
fruits, aux caméras, à un danseur de rap, à
un homard, aux techniciens de la vidéo et du cinéma
et de la photographie, haletant par ailleurs dans des combinaisons
de sous-mariniers!!
MA
"OPERATION OPERA" 1991
Cinématismes
vertigineux.
Ce laboratoire qui est le film , qui est lopération
du film qui est le film de lopération est ce charivari,
la sarabande des chirurgiens, des anesthésistes et du danseur
sur-excités autour du sujet. Entraîné, le corps-sac-costume
dans un temps où lensemble de lunivers va à
rebours.
La philosophie hindoue déclare que lâme dans
lespace intérieur du corps-sac-costume-cousu-décousu
est invariable, elle existe depuis lamorce de la spirale du
premier cycle cosmique, le souffle de cette âme est blindé,
indestructible.
Pendant que lartiste Orlan, lEtre dun temps intermédiaire,
tente de se reposer entre deux opérations, endimanché
dans ces bandes adhésives ressemblant à celles emballant
les boites de pellicules exposées, je pense aux traumatismes
des interventions, aux éventuelles conséquences physiologiques
et me pose les questions : est-ce que lâme bondit dun
corps du sujet à lautre corps, après chaque
réincarnation ? Un texte tamoul dit : le corps nest
quun mensonge, ce nest quun sac de vent.
I
MA
"OPERATION OPERA" 1991
Car
la conscience du temps, comme les tissus en permanente cicatrisation,
comme le tissus du corps-costume-cousu-décousu-recousu, se
recolle automatiquement, je souhaite que lâme du film,
si elle existe, se recolle aussi à coup de scotch sur ma
table de montage.
MA
"OPERATION OPERA" 1991
Khrisna
explique que lâme se déplace de corps en corps
après chaque renaissance.... Le voyage en Inde. Lartiste
féminin charnel y accomplit également dautres
types de travaux : lexpérience à Madras dans
le Tamil Nadu en est la sublime démonstration. Le travail
alliant Orlan aux peintres indiens habitués au gigantisme
pictural prend forme et cette connivence transpose la structure
de lesprit du film. Le corps-territoire disparaît temporairement
pour laisser place au dynamique passage des pinceaux.
Dans la capitale indienne du cinéma, les spécialistes
de la confection daffiches de cinéma, les peintres,
transfèrent sur toile en multiples portraits sur-dimensionnés,
le Vidéo-Art réalisé par Orlan,
les photographies, les titres générés grâce
à linformatique et surtout les performances en bloc-opératoires.
LArtiste pose dans une plastique où intervient la publicité.
Le support de cette réclame est une série fictive
de films où limaginaire est Orlan lhéroïne.
On cherchera à savoir si les films de cette série
sont réalisés ou à créer.
MA
JOËL RAFFIER DIR ALLIANCE FR MADRAS 1992
Grâce
aux rickshaws, triporteurs vibratiles et surchauffés, le
portrait géant de la Star est transporté allégrement
au travers de la mégapole pour être suspendu à
la façade du cinéma Liberty. Thiru, Shridar et les
peintres sont avec nous dans cette grandiose et naturelle cérémonie
cinéphile. Tournage. Le clap devient labsurde pince
qui claque comme les instruments de chirurgie servant à fixer
les champs opératoires, lopérée lest
à nouveau derrière liris de la machine, cette
fois dans le champ de la caméra, hors de latelier sanglant.
Caméra et piétons et camions et rickshaws et nous,
sommes les cadreurs paradant sur le parcours de lhéroïne
en approche.
MA
"MADRAS" 1992
Ruées
vers la vedette peinte sur contre-plaqué de récupération,
la poussière et le panneau coloré semblent transportés
par le vent qui entraîne la foule, mais la vraie, en chair
et en os est là, resplendissante et adulée comme il
se doit de lêtre des vedettes à découvert
! Costumée comme la peinture ! Peinte comme le costume et
la casquette !
Du trajet parcouru au travers de la sculpture vivante, travaillée
grâce à la technique de la taille directe, le voyage
se perpétue dans la peinture vivante. Sainte-Orlan, enfin,
dans les ateliers des peintres, devient Déesse Kali et les
multiples bras sagitent, - dans une image gelée par
lacrylique et lhuile - . Ces bras brandissent les accessoires
vus dans le bloc opératoire parisien et sont transposés
sur toiles.
En face, Ganesh, assis dans le temple, rigole et tolère.
Finalement, les tamouls ont compris la démarche dOrlan,
en tout cas personne na été perturbé
par laventure de lartiste. Les hindous sont toutefois
surpris par le fait de la réincarnation dans leur propre
vie
, pour eux, cest après la mort.
MA
"MADRAS" 1992
La
plupart des toiles peintes, une fois enregistrées, photographiées,
filmées, sont destinées à rendre étanches
les toitures locales. Envelopper les toitures et autres architectures
est une manie de certains, mais là soffre dautres
Orlan-corps, unité de mesure cosmique, au paysage urbain
de Madras.
La 7 ème opération-chirurgicale-performance à
New-York : laction filmée est couplée à
tous les moyens de télécommunications interactifs
: satellite qui diffuse les images en direct, retransmission à
la galerie Sandra Gering de New-York ; visiophone qui transmet lévolution
de lopération au Centre Georges Pompidou à Paris,
au Mac Luhan Center à Toronto.
MA
NEW YORK 1993
Réunis
en colloque pour cette occasion, critiques dart et philosophes
débattent du sujet, Gladys Fabre, Pierre Restany, Serge François,
interrogent Orlan , analysent sa démarche artistique durant
lopération, alors que le Docteur Marjorie Cramer pose
des implants de silicone à lintérieur du visage
ouvert ensanglanté de lartiste, oeuvrant à la
mutation morphologique. Les réflexions postopératoires
des lendemains nous montrent Orlan en conversation avec Barbara
Rose, historienne et critique dart new-yorkaise, dans, entre
autres, un débat analogique entre la violence de la guerre
à la télévision et la violence de la performance
de lartiste.
MA
PIERRE RESTANY, CRITIQUE D'ART
MA
SERGE FRANÇOIS PHILOSOPHE, ECRIVAIN
MA
GLADYS FABRE CRITIQUE DART
Je voudrais que les designers généticiens du futur
sinterrogent sur ce film qui soblige à montrer
létat de fugue scientifique véritable dans laquelle
Orlan se précipite. Je voudrais quil comprennent que
Orlan est la première a avoir sectionné les lieux-temps
de lavenir sans les dissimuler à ceux qui avancent
chronologiquement.
Cette démarche terrible et magnifique nest pas destinée
à embellir ni à amocher, mais le désir pur
est de changer dimage ! Comment voulez-vous que cela nintéresse
pas le cinéaste ? Pouvoir filmer lutopie, sans trucage
aucun, sans que limpulsion donné au déclencheur
du moteur de la caméra, se transforme en intrigante voyeuriste.
MA
LOUPE 1993
Jaimerais que la Réplicante ne soit pas un de ces instruments
plus ou moins bioniques des films de science et de fiction, ou de
science-fiction farçis deffets, ici leffet est
tout ce quil y a de plus naturel. En souhaitant que cette
naturalité ne soit pas précipitée dans la censure
de la psychanalyse , en souhaitant que Orlan ne décide elle-même
de devenir sa propre mère, sa propre soeur, sa propre fille,
son propre chirurgien, que le vertige des sens de lartiste
ne va pas dans la direction où je ne pourrais plus suivre
la métamorphose en cours, précise et délicate
.
MA
"OMNIPRESENCE" 1993
Cet imaginaire me pousse à confirmer que le film devient
ce documentaire de création où il nest pas question
de filmer ce qui nexiste pas, et notre cinéma se transforme
en Orlan-Vérité, autant de fois par seconde
que nécessaire. Luvre filmé, travail parallèle
à luvre de chair et dos, sera néanmoins
le support terminal. La star photogène, vidéaste de
surcroît, extrayant ses créations de son stock, propose
ces réalisations sur support magnétique issus de cet
autre espace où de multiples Sainte-Orlan évoluent.
La production de quatre films vidéographiques a vu le jour
et a intégré un plafond à loccasion de
la biennale de Sydney, installation décidée par lartiste.
Les visiteurs-voyeurs ont eu laimable obligation de déployer
leur vertèbres cervicales, finalement ces autres corps doivent
souffrir un peu pour comprendre. Ils ont pu voir une étrange
matière magnétique : des cellules sanguines du cur,
orchestrées à des rythmes très variés
en surimpression sur les images des opérations. Le kinéscopage
(transfert de limage vidéographique sur support pelliculaire)
de ces éléments simmiscent dans la gélatine
de la pellicule, perpétuant la confrontation des caméras
vidéo et des caméras films du bloc-opératoire.
MA
EFFETS 4 ECRANS
La photographie fixe aide, aux points dinflexions du voyage-pelliculaire.
Cette mise en valeur des éléments vidéos, films
ou photos, ainsi que les témoignages enregistrés des
artistes, analystes, scientifiques, brahmanes, critiques ; obligent
lenrôlement du réalisateur-producteur dans le
respect de la métamorphose à vue du réel, dans
laccompagnement strict de lartiste transfiguré.
Stephan Oriach
MA
SELF-HYBRIDATION" MAISON EUROPEENNE PHOTO 1999